Réflexions

L’étude miracle sur ChatGPT à l’école vient d’être retirée

L’étude miracle sur ChatGPT à l’école vient d’être retirée

En mai 2025, deux chercheurs chinois publient une étude qui fait le tour du monde : ChatGPT améliorerait fortement les résultats scolaires des élèves. Près de 500 000 lectures, 280 citations, partages massifs sur les réseaux. Le 22 avril 2026, l’éditeur Springer Nature retire l’article. Les auteurs n’ont jamais répondu aux questions de la revue.

Ce que disait l’étude

Jin Wang et Wenxiang Fan, de l’Université normale de Hangzhou, disaient avoir compilé 51 recherches publiées entre novembre 2022 et février 2025. Leur conclusion : ChatGPT a un effet « important » sur l’apprentissage. Le chiffre annoncé était énorme pour les sciences de l’éducation, où l’on se contente d’ordinaire d’effets bien plus modestes.

Le message a été simplifié en un slogan : la science a tranché, l’IA aide à apprendre.

Pourquoi ça ne tenait pas

Le calendrier était impossible. ChatGPT n’existe que depuis fin novembre 2022. Concevoir une recherche, la mener en classe, l’analyser, la faire relire par des pairs et la publier prend du temps. Deux ans et trois mois ne suffisent pas pour produire 51 études sérieuses. Le chercheur Ilkka Tuomi l’avait signalé dès 2025.

Les études mélangées n’étaient pas comparables. Disciplines différentes, niveaux différents, durées différentes, façons de mesurer différentes. Ben Williamson, chercheur à Édimbourg, a montré qu’empiler ces travaux pour en sortir une moyenne ne veut pas dire grand-chose. Le chiffre impressionne, mais il ne décrit aucune réalité précise.

Le problème de fond

Une nouvelle qui plaît voyage vite. Une correction discrète ne voyage pas. Entre la publication et le retrait, l’étude a été citée dans des rapports, des notes, des plaquettes commerciales d’outils IA. Le retrait, lui, passera presque inaperçu.

Il y a aussi une demande forte de bonnes nouvelles sur l’IA — pour vendre, pour justifier des budgets, pour rassurer. Une étude prudente intéresse peu. Une étude positive et spectaculaire trouve preneur tout de suite.

Ce qu’on peut en retenir en classe

À ce jour, personne ne sait vraiment si ChatGPT améliore les apprentissages. Les vraies études sérieuses commencent à peine. Ce qui se dégage, c’est surtout que tout dépend de l’usage. Un élève qui sous-traite son travail à l’IA n’apprend rien. Un élève accompagné, à qui on demande de critiquer, reformuler, comparer ce que l’IA produit, peut progresser.

Méfiance avec les chiffres uniques. Un grand effet sorti hors contexte ne dit rien. Quelle tâche ? Quel âge ? Quelle durée ? Quel groupe témoin ? Sans réponses, c’est du marketing déguisé en science.

Continuer à observer en classe, à noter ce qui marche et ce qui coince, est plus utile que d’attendre l’étude miracle qui validerait tout. L’IA est un outil nouveau. Comme tout outil nouveau, on l’apprivoise par l’usage réfléchi, pas par la conviction.